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Les promesses déçues de la DHEA

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Points clefs :

  • La DHEA a longtemps été considérée comme une clef du vieillissement. Sa baisse de concentration, avec l’âge, entrainerait des maladies qui pourraient être évitées par une supplémentation.
  • La science n’a, jusqu’à présent, trouvé aucune preuve solide d’une réelle efficacité du traitement à la DHEA dans le cadre du vieillissement.
  • Des effets secondaires bénins ou parfois graves, notamment l’augmentation du risque de cancer, peuvent survenir chez les personnes utilisant régulièrement cette hormone.

La DHEA (déhydroépiandrostérone) est une hormone sécrétée en grande quantité par nos glandes surrénales. Elle contribue à la synthèse de la testostérone et des œstrogènes. En dehors de ce rôle précurseur, la DHEA ne semble pas posséder d’autres fonctions physiologiques dans l’organisme. Elle fut longtemps considérée comme « l’hormone de jouvence », en partie sous l’influence du Professeur Etienne-Emile Baulieu1, mais son impact réel contre le vieillissement est aujourd’hui beaucoup plus controversé.

 

 

Utilisations médicales de la DHEA

En médecine, la DHEA est parfois utilisée dans le traitement du lupus (une maladie auto- immune) et permet d’équilibrer le système immunitaire2,3. Elle peut parfois se substituer aux traitements à la cortisone qui présentent de nombreux effets secondaires.

Dans le contexte du sport, la DHEA est employée par les sportifs pour son effet anabolisant qui permet de gagner facilement en masse musculaire. Elle est d’ailleurs inscrite sur la liste des produits considérés comme dopants dans les compétitions sportives.

Mais qu’en est-il de son effet sur le vieillissement ?

 

 

Les promesses de « l’hormone de jouvence »

Le taux de DHEA dans le sang atteint un pic autour de 20 ans puis décroit tout au long de la vie. A 60 ans sont taux a été divisé par 10. Un faible taux de cette hormone est corrélé à plusieurs pathologies liées à l’âge comme l’ostéoporose, l’athérosclérose ou la baisse de la libido. Bien que « corrélation » ne signifie pas « cause à effet », des sociétés pharmaceutiques la présentent rapidement comme l’hormone miraculeuse pour « rajeunir » :

En 1990, la baisse du taux de DHEA dans le sang est accusée de provoquer des troubles liés à l’âge et des compléments alimentaires de DHEA, censés lutter contre le vieillissement, sont commercialisés. Cette campagne marketing est d’ailleurs soutenue par des études dont les participants déclarent percevoir une amélioration de leur sensation de bien-être4.

La DHEA promet de vieillir dans de bonnes conditions. Mais qu’en est-il réellement ?

 

 

La réalité scientifique sur le lien entre la DHEA, le vieillissement et les pathologies liées à l’âge

Peu après la publication du Professeur Baulieu, de nombreuses études ont été menées pour tenter de reproduire ses résultats et vérifier la fiabilité de ses affirmations. Dans l’ensemble, les effets sur la mémoire, le risque cardiovasculaire, l’humeur et le bien-être des personnes âgées se sont montré peu probants5–10. Même si certains continuent encore de soutenir les avantages de la DHEA, dans la prévention des risques cardiovasculaires notamment11, aucun consensus clair n’émerge et ne permet de conclure sur le bénéfice de la DHEA dans le vieillissement.

Dans le détail, la supplémentation en DHEA à la ménopause ne montre aucun effet à court terme et ne fait pas la preuve de sa capacité à agir sur les symptômes de la ménopause12,13 , ce qui remet clairement en cause la pertinence de son usage. Concernant l’obésité et la graisse abdominale, un lien a été observé entre un taux élevé de DHEA et un moindre risque d’obésité. Néanmoins, une analyse de synthèse de 14 études cliniques de 2004 montre que seules 4 d’entre elles ont donné des résultats concluant14. Et des études plus récentes appuient cette remise en question15,16. Sur les performances physiques des personnes âgées, la DHEA ne semble avoir qu’un effet modeste17, de même que sur les performances cognitives18,19.

En revanche, les effets secondaires et indésirables de ce traitement hormonal sont bien réels. Certains sont bénins comme la fatigue ou les maux de ventre, tandis que d’autres sont plus graves comme l’hypertension artérielle voire le diabète20. De plus, son rôle de précurseur de la testostérone peut entrainer une augmentation du taux de cette hormone masculine et entrainer des crises d’acné, une augmentation de la pilosité et plus généralement une « virilisation » chez les femmes20. Plus grave, cette hormone pourrait favoriser certains cancers influencés par le taux de testostérone et d’œstrogènes comme celui du sein, des ovaires, de l’utérus, des testicules et de la prostate20.

 

 

Le mot de la fin

A grand renfort de lobbyisme, il a été insinué l’idée que la baisse naturelle de DHEA avec l’âge serait la cause de maladies dont les symptômes peuvent être guéris. Aujourd’hui, aucun argument scientifique solide ne vient soutenir cette idée… Au contraire ! Il convient donc de ne pas se laisser séduire par les belles promesses.

Cette hormone continue malgré tout d’être utilisée par certains pour lutter contre le vieillissement mais, en attendant le complément alimentaire miracle, mieux vaut pratiquer une activité physique, se nourrir sainement et s’appuyer sur une science rigoureuse.

 

Références :

  1. Baulieu, E. E. et al. Dehydroepiandrosterone (DHEA), DHEA sulfate, and aging: contribution of the DHEAge Study to a sociobiomedical issue. Proc. Natl. Acad. Sci. U. S. A. 97, 4279–4284 (2000).
  2. van Vollenhoven, R. F. Dehydroepiandrosterone for the treatment of systemic lupus erythematosus. Expert Opin. Pharmacother. 3, 23–31 (2002).
  3. Sawalha, A. H. & Kovats, S. Dehydroepiandrosterone in systemic lupus erythematosus. Curr. Rheumatol. Rep. 10, 286–291 (2008).
  4. Hauray, B. & Dalgalarrondo, S. Incarnation and the dynamics of medical promises: DHEA as a fountain of youth hormone. Health Lond. Engl. 1997 23, 639–655 (2019).
  5. Bovenberg, S. A., van Uum, S. H. M. & Hermus, A. R. M. M. Dehydroepiandrosterone administration in humans: evidence based? Neth. J. Med. 63, 300–304 (2005).
  6. Johnson, M. D., Bebb, R. A. & Sirrs, S. M. Uses of DHEA in aging and other disease states. Ageing Res. Rev. 1, 29–41 (2002).
  7. Legrain, S. & Girard, L. Pharmacology and therapeutic effects of dehydroepiandrosterone in older subjects. Drugs Aging 20, 949–967 (2003).
  8. Arlt, W. Dehydroepiandrosterone replacement therapy. Semin. Reprod. Med. 22, 379–388 (2004).
  9. Percheron, G. et al. Effect of 1-year oral administration of dehydroepiandrosterone to 60- to 80-year-old individuals on muscle function and cross-sectional area: a double-blind placebo-controlled trial. Arch. Intern. Med. 163, 720–727 (2003).
  10. Boxer, R. S. et al. Effects of dehydroepiandrosterone (DHEA) on cardiovascular risk factors in older women with frailty characteristics. Age Ageing 39, 451–458 (2010).
  11. Mannella, P., Simoncini, T., Caretto, M. & Genazzani, A. R. Dehydroepiandrosterone and Cardiovascular Disease. Vitam. Horm. 108, 333–353 (2018).
  12. Panjari, M. & Davis, S. R. DHEA for postmenopausal women: a review of the evidence. Maturitas 66, 172–179 (2010).
  13. Luna, S. L., Brown, D. I., Kohama, S. G. & Urbanski, H. F. Lack of effect of short-term DHEA supplementation on the perimenopausal ovary†. Biol. Reprod. 103, 1209–1216 (2020).
  14. Tchernof, A. & Labrie, F. Dehydroepiandrosterone, obesity and cardiovascular disease risk: a review of human studies. Eur. J. Endocrinol. 151, 1–14 (2004).
  15. von Mühlen, D., Laughlin, G. A., Kritz-Silverstein, D., Bergstrom, J. & Bettencourt, R. Effect of dehydroepiandrosterone supplementation on bone mineral density, bone markers, and body composition in older adults: the DAWN trial. Osteoporos. Int. J. Establ. Result Coop. Eur. Found. Osteoporos. Natl. Osteoporos. Found. USA 19, 699–707 (2008).
  16. Weiss, E. P. et al. Dehydroepiandrosterone replacement therapy in older adults: 1- and 2-y effects on bone. Am. J. Clin. Nutr. 89, 1459–1467 (2009).
  17. Hahner, S. & Allolio, B. Dehydroepiandrosterone to enhance physical performance: myth and reality. Endocrinol. Metab. Clin. North Am. 39, 127–139, x (2010).
  18. Grimley Evans, J., Malouf, R., Huppert, F. & van Niekerk, J. K. Dehydroepiandrosterone (DHEA) supplementation for cognitive function in healthy elderly people. Cochrane Database Syst. Rev. CD006221 (2006) doi:10.1002/14651858.CD006221.
  19. Kritz-Silverstein, D., von Mühlen, D., Laughlin, G. A. & Bettencourt, R. Effects of dehydroepiandrosterone supplementation on cognitive function and quality of life: the DHEA and Well-Ness (DAWN) Trial. J. Am. Geriatr. Soc. 56, 1292–1298 (2008).
  20. Klinge, C. M., Clark, B. J. & Prough, R. A. Dehydroepiandrosterone Research: Past, Current, and Future. Vitam. Horm. 108, 1–28 (2018).